Une vieille maison coloniale dans le sud. Une source millénaire à laquelle le village puise la vie. Une femme et un homme aux cheveux blancs se parlent. Il dirige une importante entreprise d’exploitation d’eau. Elle possède la propriété. Ce très beau texte sur la possession de l’eau pose des interrogations vitales pour notre avenir à tous.
L’eau du loup : un texte engagé
L’intérêt spécifique de la Compagnie Biloxi 48 est le théâtre contemporain évoquant des faits de société et susceptible de créer des débats d’idées, mettre en scène des textes qui, d’une manière ou d’une autre, parlent de « Comment vivre ensemble ? ». C’est ainsi que beaucoup de spectacles que nous avons créés proposaient des utopies liées à cette question : utopie spirituelle, économique, sociale, amoureuse...
Le choix de « L’Eau du Loup » fait partie de cette démarche : la thématique de l’eau y est développée pour susciter la réflexion chez les spectateurs. Nous savons qu’un habitant de la planète sur cinq n’a pas accès à l’eau potable, que l’eau insalubre est la première cause de mortalité dans le monde. Deux points de vue s’opposent : l’altermondialisation face à la mondialisation néolibérale. Ce spectacle pose des interrogations vitales pour notre avenir à tous.
L’histoire : Une vieille maison coloniale dans un pays du Sud. Au fond de la propriété sourd une source millénaire à laquelle tout le village de Chaclacayo Alto puise la vie. Une femme et un homme aux cheveux blancs se parlent. Tout semble les séparer : il est Président Directeur Général d’une des plus importantes entreprises mondiales d’exploitation d’eau, elle possède la propriété. Tout les sépare… depuis l’enfance.
La première lecture de ce texte en août 2007 dans un petit bureau du théâtre de la place des Martyrs était un grand moment de théâtre entre deux acteurs d’exception : Jacqueline Bir et Pierre Laroche. Assis simplement à une table, ils dévoilaient déjà amplement la profondeur des personnages par leur lecture passionnée. Ils n’ont plus joué ensemble depuis longtemps. Leurs retrouvailles sur un plateau de théâtre mériteront à coup sûr le déplacement.
Après « Le Silence des Mères », c’est un grand plaisir de côtoyer à nouveau un texte de Pietro Pizzuti. La description de la complexité des relations humaines fait partie des grandes richesses de son écriture. J’aime les disséquer comme dans un laboratoire, les mettre en scène dans une installation scénographique particulière, non-réaliste, qui dévoile les rouages de leur combat. Ce texte propose également une réflexion sur la réconciliation au niveau personnel et universel qui me touche particulièrement, comme une vraie prise de position philosophique sur le monde et ce qu’il pourrait être…
Christine Delmotte
Extrait du texte
Elle : Madame Pecherel, je vous prie. Vous parlez à Madame Pecherel. Vous disiez ?
Lui : La source du Loup est un enjeu qui vous dépasse. Je suis revenu pour vous éviter d’en être dépossédée.
Elle : Et tu… (Il la regarde) Vous. Vous vous y prenez toujours aussi mal.
Lui : J’ai fait rédiger un contrat dont les clauses vous sont favorables.
Elle : (de but en blanc) Le Rio amazonien jette plus de dix km³ d’eau par minute dans l’Océan Atlantique. Avec un pareil volume d’eau chaque habitant de la terre pourrait prendre un bain toutes les quarante minutes. Vous le saviez ?
Lui : …
Elle : Alors comment se fait-il que quinze millions d’êtres humains meurent de soif chaque année ?
Lui : Parce que…
Elle : Parce que des Sociétés comme celle que vous présidez font leurs choux gras en vendant ce qui est à tout le monde.
Lui : C’est simpliste.
Elle : Enfantin.
Lui : Vous devriez savoir que c’est la seule façon de garantir une eau potable de qualité dans le monde entier.
Elle : Réservée à ceux qui ont les moyens de l’acheter.
Lui : Nous appliquons des mécanismes de taxation par paliers de consommation.
Elle : C’est sans doute pourquoi un milliard et demi de personnes sur terre n’y ont pas accès. En 2025 ils seront plus de quatre milliards, la moitié de l’humanité.
Lui : Le problème n’est pas simple.
Elle : Le marché, vous voulez dire.
Une production de la Compagnie Biloxi 48
Avec l’aide du Ministère de la communauté française,Direction générale de la Culture – Service Théâtre
