Deux femmes se rencontrent la nuit sur un petit bout de trottoir, deux solitudes qui dérivent au bord du monde. A force de mensonges, de mauvaises blagues, de confidences déchirantes, de pitreries, une relation étrange et fascinante apparaît. L’une contre l’autre, elles sont les ombres de minuit. Un texte drôle, cinglant, à l’écriture crue, poétique.
une étrange rencontre entre deux femmes
Trottoir mouillé par les pluies, lumières de la nuit, étoiles dans le ciel, musique lancinante.
Une femme d’environ 60 ans est assise sur le banc d’un abribus. Son regard est fixe et doux. Une jeune femme s’approche, en perdition, elle veut mourir. Elle va tout tenter pour communiquer avec cette femme plus âgée.
La jeune femme, Zoé, se débat pour exister encore et encore, pour être reconnue pour ce qu’elle n’est pas ou pour ce qu’elle est, elle ne sait plus elle-même. La vie l’a tellement malmenée, jetée dans tous les sens qu’elle est comme un pantin déchiqueté mendiant les derniers lambeaux d’humanité.
Poésie urbaine d’une looseuse qui aboie, éructe, s’agite tant qu’elle peut …avant de crever. La femme plus âgée, Marie-Madeleine, évite les coups de la jeune femme, la provoque dans sa souffrance, puis petit à petit construit une relation étrange et fascinante jusqu’à la découverte de son identité.
Cette histoire nous entraîne dans leurs derniers éclats de vie, leurs petites survivances. Les âmes se dévoilent derrière les jeux d’apparence, les mensonges, les pitreries, les hypocrisies, les provocations, les âmes apparaissent quand même.
Deux actrices, deux belles et fortes personnalités, Janine Godinas et Ingrid Heiderscheidt, vont vivre devant nous, par la magie du théâtre, la vie de ces deux femmes particulières. L’histoire provocante de Patrick Lerch nous donne à regarder des relations tendres sous les coups de gueule chaotiques. De la douceur malgré la verdeur du langage. De la désespérance dans toute son humanité.
Christine Delmotte
Extrait de la pièce
Marie Madeleine : Allez mourir ailleurs.
Zoé : Je mourrai où j’en aurai envie. C’est pas une comme vous qui va me dire ce que je dois faire.
Marie Madeleine : Vous avez peur pour parler comme ça.
Zoé : Moi ? Peur ? Peur de quoi ?
Marie Madeleine : Vous respirez la peur, l’inquiétude, la frayeur.
Zoé : J’aurais peur de quoi ?
Marie Madeleine : De mourir, c’est évident.
Zoé : Je le suis déjà, MORTE.
Marie Madeleine : Le cimetière est derrière votre dos. Il doit y avoir un emplacement à votre nom, avec une date, une tombe en granit. Déposez-y vos os. Je viendrais peut être déposer une fleur. N’oubliez pas de fermer la porte du cimetière. J’ai horreur des portes qui grincent surtout la nuit.
Pause
Zoé : Je trouve cela injuste. Je commençais à avoir un peu de sympathie pour vous. Je pensais qu’on pouvait se tenir compagnie, assises, l’une à coté de l’autre, oui, au chaud, tranquilles, sans avoir à se prouver quoi que ce soit. Les chiens sont moins pires que les hommes, au moins ils donnent la patte quand on la leur tend.
Pause
Marie Madeleine : Je ne m’appelle pas Sylviane.
Zoé : Je le savais bien que vous vous ne vous appeliez pas Sylviane. Vous n’avez pas une tête à vous appeler Sylviane. Je m’appelle Chantal.
Marie Madeleine : Vous ne vous appelez pas Chantal.
Zoé : Vous avez raison.
Je m’appelle Stella. Non
Je m’appelle Betty. Non plus
Je m’appelle Lucienne. Perdu.
Je m’appelle Carole. Non.
Je m’appelle tire-bouchon. Perdu.
Je m’appelle Anna. Pas du tout. Pas du tout.
Je m’appelle Claude. Même pas vrai.
Je m’appelle ça vient comme ça va comment ça va bien.
Je m’appelle chute de la vie.
Je m’appelle pas. (Petite pause)
Je suis désolée.
Et vous ? comment vous sentez-vous ?
Marie-Madeleine : C’est plutôt à vous qu’il faut poser la question. Vous avez oublié quelque chose en route ma fille.
Une production de la Compagnie Biloxi 48
Avec l’aide du Ministère de la communauté française,Direction générale de la Culture – Service Théâtre
