Pour chacun de nous il existe un temps où il nous faut savoir ce que nous sommes aucune loi naturelle aucun code civil ne sera là pour nous guider.
E.Bond
Edward Bond nous épluche l'âme, le sourire aux lèvres et nous dévoile une humanité qui, passée au tamis de la guerre, laisse un dépôt bien grotesque. C'est énorme, absurde, ridicule et émouvant. Comme seul, l'homme peut l'être.
1. La barbarie est à notre porte.
Après la fin des illusions d'idéologies globalisantes, chacun de nos gestes, de nos actions, de nos pensées sont responsables complètement de l’arrivée ou non de cette barbarie.
Nous ne pouvons plus en référer à un état protecteur, à des idéologues savants, à une religion pour tous ... Tout cela est terminé, jeté dans les poubelles de l'histoire.
Nous sommes chacun un monde à part, différent, et chacune de n08 actions conditionne l'ensemble du monde comme ce mouvement de papillon dans un petit coin de la planète déclenche un ouragan à l'autre bout de la terre. Nos lâchetés, nos malveillances, nos aveuglements conditionnent les plus grands crimes, les plus grandes guerres de l'histoire.
Et cette responsabilité dans chacun de nos gestes entraînera peut-être un sauvetage ln extremis d'un monde promis à sa perte par sa force suicidaire.
Ce court texte que j'ai écrit pour la présentation du spectacle -Rouge noir et ignorant" est à la base de mon intérêt pour cette pièce.
Dans cette histoire, Edward Bond nous met face à nous-mêmes, face à notre responsabilité complète quant à notre humanité ou à notre barbarie.
Le Monstre, arraché du ventre de sa mère pendant l'apocalypse nucléaire, va nous raconter cette existence qu'il n'a pas vécue.
Des histoires d'apprentissage, d'amour, de travail, de courts moments cruels et ironiques d'une vie possible ...
If nous dit, à chaque instant, comment nous pouvons perdre notre humanité ou la gagner.
Edward Bond a une confiance énorme dans l'être humain, dans ce qu'il appelle son « innocence radicale » : « Ce dont je suis certain, c'est que personne ne renonce délibérément au nom d'humain. Faire de nous des êtres hum8ins exige beaucoup de culture; faire de nous des bêtes en exige encore davantage. »
Il faut que nous luttions pour rester des êtres humains et c'est cette lutte que le Monstre nous raconte.
Dans la cour de récréation, dans nos relations amoureuses, dans notre vie sociale, face à ta mort, tout est question de choix.
A la fin de la pièce, le soldat tue son père et contre toute attente, le Monstre dit :
« Louez ce soldat
Pourquoi a-t-il tué son pére et pas l'étranger?
Sous ses blessures la chair était intacte( ... )
Pour chacun de nous il existe un temps où il nous faut savoir ce que nous sommes
Aucune /01 naturelle aucun code civil ne sera là pour nous guider( ... )
Mon fils a appris qu'il valait mieux tuer ce qu’il aimait
PIut6t que de voir un homme qui est malade ou Infirme ou vieux ou pauvre ou étranger rester assis en regardant fixement un monde vide sans trouver une seule raison à sa souffrance"
Son fils, grâce à ce geste, a retrouvé « l’innocence radicale ».
C'est dans ce genre de paradoxe terrible que Edward Bond nous entraîne tout au long de son texte.
2.3.4. Partout et toujours, le fait de jouer et de mettre en scène engage complètement la responsabilité de l'acteur et du metteur en scène. Ce qu'ils racontent est comme ·ce mouvement de papillon dans un petit coin de la planète". Ni plus ni moins.
la question que nous devons nous poser à chaque instant est: -Quelle vision du monde voulons-nous transmettre?"
Ou -ouelle société voulons-nous induire?"
Ou ·Quelle humanité allons-nous montrer comme acceptable ou inacceptable?"
Ou encore ·Qui sont ces personnages sur le plateau qui osent nous parler et nous raconter le monde? Sommes-nous d'accord avec le monde qu'ils nous proposent ou non?"
De nos réponses naissent des espérances ou des désillusions pour le public.
Pas pour longtemps, pas pour toujours mais trente secondes suffisent parfois ... pour tomber amoureux et pourquoi pas pour le meilleur?
Christine Delmotte
Une création du Théâtre de l'Eveil en coproduction avec le Théâtre Le Public et le Centre culturel de la Région de Mons. Avec l'aide du Ministère des Arts et des Lettres de la Communauté Wallonie-Bruxelles et de la Fabrique de Théâtre.
